L'ivraie et le bon grain. Laissez-les grandir ensemble !

DIMANCHE 22 juin 2008.
Culte célébré au temple du Mas des Abeilles à Nîmes. (Gard)
Prédication : Jean-François Breyne et Charles Bossert, pasteurs de l'Eglise réformée de France.

Lecture biblique :
Evangile selon Matthieu. Chap. 13 v 24 à 30.

Il y a , parfois, des paroles qui blessent, même avec les meilleures intentions possibles, même lorsqu'elles nous viennent de la Bible...
Il y a près de 40 ans, cette parabole de l'ivraie et du bon grain est tombée dans l'oreille et le coeur d'un petit garçon à l'école biblique et a été pour lui souffrance et scandale au point que, rentrant à la maison, il demanda à ses parents de le dispenser désormais d'instruction religieuse.

Pourquoi cette révolte ?
On lui avait expliqué, ou il avait cru comprendre, qu'il y avait, dans le monde, de bons grains, de bons enfants, et de la mauvaise graine, de mauvais enfants donc...
Et cela fut pour lui irrecevable.
Et puis, ce tri final : les uns à la poubelle, les autres sur l'estrade comme à la distribution des prix ?


L'Evangile ne serait-il qu'une illustration de la logique scolaire, avec ses bons et ses mauvais élèves ?
L'enfant que j'étais l'a refusé.
L'Evangile pour moi ne pouvait se réduire à cela... il devait y avoir autre chose... mon intuition d'enfant me fut confirmée plus tard, en faculté de théologie, lorsque je redécouvris ce texte et ce qui en est la pointe, cette parole du Maître : << Laissez-les grandir ensemble >>.

Cette parabole était justement le contraire de ce que j'avais compris, elle était la parabole du refus de nos logiques humaines du pur et de l'impur, refus de vouloir toujours classer par genre : 
- Les bons élèves,
- Les bons paroissiens...
- Les bons migrants,
Et les autres ?


La parole de l'Evangile retentit alors comme un coup de tonnerre : << laissez-les grandir ensemble>>.
Alors, alors, si nous revisitions ce texte : et si le bon grain n'était autre chose que la parole même de l'Evangile semée dans nos vies ?

LAISSEZ-LES GRANDIR ENSEMBLE !
Car le bon grain de l'Evangile est semé de multiples façons. Toujours et partout, à tort et à travers, même là où il n'a presqu'aucune chance de prendre racine.
L'ivraie qui a été semée par un ennemi anonyme sera toujours là, ce n'est pas lui qui doit nous préoccuper en premier lieu. Nous ne sommes pas appelés à être des "nettoyeurs" ou des purificateurs. Voilà ce que nous dit cette page d'Evangile.

                            LAISSEZ-LES GRANDIR ENSEMBLE !

Voilà que quelqu'un a semé de la bonne semence, et il y a des mauvaises herbes qui poussent avec elle.
Il existe toujours des gens qui cherchent des raisons, qui cherchent et trouvent des coupables : qui donc a mêlé l'ivraie dans la bonne semence ?

Pourtant dans l'Evangile, ce quelqu'un n'est pas qualifié, il représente seulement l'adversité dans nos existences.

Les "zizanies", c'est le mot grec employé dans notre parabole et que nous traduisons par ivraie, les zizanies sont ces plantes qui, malheureusement, poussent partout dans notre monde, infestent tout !

Allons-nous céder à la tentation du bon sens et arracher l'ivraie ?
Alors que le Maître de la parabole dit : << Laissez-les grandir ensemble >>. Cette semence tombe un peu partout, dans tous les endroits possibles et imaginables ; le champ, c'est tour à tour le monde, l'Eglise, et nos vies personnelles !
La zizanie  se trouve, qu'on le veuille ou non, dans le champ de nos vies. On peut la rencontrer partout. Les semences du Royaume elles-mêmes ont, malheureusement, leur ivraie correspondante.

Et au moment où ces mauvaises semences se mettent à germer, elles produisent alors de la zizanie là où devrait régner l'amour, de l'indifférence où on aimerait voir la foi, des espoirs à trop courte vue au lieu de l'ESPERANCE, et des paroles ambiguës là où la Parole de Vie devrait trouver sa place.

Et pourtant l'Evangile déclare : <<LAISSEZ-LES GRANDIR ENSEMBLE >>.

Regardez ce bouquet : il nous vient de la tradition juive. Il est employé pendant la fête de SOUKKOT.
Il est composé :
de l'Etrog : un cédrat, fruit qui ressemble à un citron,
du Loulav : une branche de palmier,
du Hadass : trois branches de myrte,
de la Arava : deux branches de saule.

Lors de la prière du matin, après la bénédiction rituelle, on joint les deux mains et on agite les quatre composants ainsi rassemblés en direction des quatre points cardinaux, vers le haut et le bas.

Le Rabbin Marc Alain Ouaknin explique ainsi le symbolisme de ce geste :
-- Le cédrat possède fruits et parfum : il représente les personnes qui mettent en pratique la Thora et qui l'étudient : elles donnent fruits et parfum.
-- Le palmier est un arbre qui donne des fruits, mais n'a pas de parfum : il représente ceux qui pratiquent en toute simplicité sans s'adonner à la prière ni à l'étude de la parole...
-- Le myrte possède un bon parfum : il représente ceux qui étudient et possèdent l'esprit de la Thora sans toujours savoir porter du fruit...
-- Enfin, le saule ne produit ni fruit ni parfum, il représente ceux qui ne pratiquent pas et n'étudient pas... mais qui sont pourtant présents dans le bouquet.
Le bouquet agité rituellement avec ses quatre composants souligne que chacun a autant de valeur, qu'il pratique ou pas : il est le symbole de l'unité fondamentale de la communauté...

<<LAISSEZ-LES GRANDIR ENSEMBLE>>, dit le Maître de l'Evangile...

Lorsqu'il y a quelques années j'ai redécouvert l'Evangile et que je me posais la question de savoir dans quelle "Eglise" j'allais m'engager, certains amis ont essayé de m'entraîner vers des assemblées très vivantes, formidables, qui avaient de la réussite...

Paradoxalement, je me sentais plus proche de cette Eglise réformée qui m'a vu naître et qui était si décriée comme vieillotte, dépassée, voire même moribonde. J'avais l'intuition qu'il y avait là quelque chose d'essentiel qui se jouait...
Et si justement la vérité était là où on refuse de trier, là où on laisse la parole agir sans essayer de tout faire soi-même ?
Une Eglise ne doit pas être parfaite, elle ne doit même pas y aspirer !
Elle ne peut qu'humblement se savoir portée et porteuse de l'Evangile de Jésus-Christ, celui qui sut mettre les mains dans le cambouis du monde.
N'essayons pas d'être ce que nous ne serons jamais, des saints, des purs dans le sens moralisateur du terme. Tant que le monde existera, nous ne vaincrons pas le mal...
Mais le Christ, lui il l'a déjà vaincu.
Notre seule tâche désormais est d'aider, de participer aux semailles et à la croissance de la bonne semence.

Voilà le coeur de l'Evangile, voilà la parole que Dieu dit au  monde ce matin : sortez de vos logiques mortifères, sortez de toutes les logiques d'épurations, qu'elles soient ethniques, religieuses, politiques, économiques ou sexuelles : nous avons reçu une terre en partage, personne ne devrait en être exclu.
Les Eglises ne sont pas là pour faire le tri, ni pour dénoncer la mauvaise herbe : elles sont là pour proclamer le pari fou d'un Dieu qui choisit le <<grandir ensemble>>. Elles sont là pour proclamer la dignité fondamentale de tout homme, de toute femme, contre tous les faux dieux, contre toutes les idoles de toujours.

Le pari fou d'un Dieu qui choisit de croire en toi, en moi, en chacun d'entre nous, même si toi tu crois que tu n'en vaux plus la peine. D'un Dieu qui choisit de croire en toi, en moi, en chacun d'entre nous, même si toi tu crois que tu n'en vaux plus la peine.
D'un Dieu qui veut nous donner la foi, c'est-à-dire ce courage d'être, de naître à chaque pas, car vivre, c'est naître à chaque pas, et cela sans nous lasser jamais... fut-ce dans les champs d'épines et de ronces...
Le pari fou d'un Dieu qui choisit de faire confiance dans la bonne graine, celle de sa parole et de tous ceux qui tentent d'en vivre... fut-ce au coeur de la zizanie la plus sordide... Est-ce à dire que nous n'avons rien à dire au monde ?


Bien sur que non !
Nous avons une chose à proclamer, à temps et à contretemps : laissons-les grandir ensemble
Il y a ce 'oui' inconditionnel que Dieu dit au monde.
Alors assez de toutes les logiques d'exclusion, assez de tous les discours rationnels et bien pensants qui enferment des familles et des enfants dans des camps dits de rétention.
Assez de ces discours qui voudraient distinguer les enfants dès la maternelle entre les gentils et les violents ; assez de tous ces religieux qui prêchent la haine de la mauvaise herbe alors qu'il nous incombe, justement, de prêcher le << croître ensemble >>...

De quoi avons-nous tellement peur ?
Jésus-Christ nous donne sa parole : c'est lui le semeur... Faisons-lui confiance et mettons-nous à sa suite.

SOUVENONS-NOUS : VOUS ETES SEL DE LA TERRE, LUMIERE DU MONDE, LEVAIN DANS LA PATE, VASE D'ARGILE...
LAISSEZ-LES GRANDIR ENSEMBLE...

AMEN





L'image sur la droite, représente le bouquet de
"Loulav" mentionné ci-dessus, avec :
      
      Un cédrat.
      Une branche de palmier.
      Trois branches de myrte.
      Deux branches de saule.
       

 

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