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Un respectable pasteur de Virginie occidentale raconte que, prêchant
dernièrement à un auditoire nonbreux et recueilli, il avait vu entrer un vieillard qui avait toute l'apparence d'un Juif. Il était proprement
vêtu, son maintien avait quelque chose de noble, et on lisait sur ses traits qu'un coup sensible avait atteint son coeur. Il prit place, fut tout
attention et une larme venait par moments briller sur ses joues sillonnées. Après le service, le pasteur ne put s'empêcher d'arrêter encore ses
regards sur l'étranger, qui s'en aperçut, et s'approcha de lui.
-- Ne m'adressé-je pas à un enfant d'Abraham ? demanda le ministre.
-- Oui.
-- Mais comment un Juif se trouve-t-il dans une assemblée de chrétiens ?
VOICI EN RESUME LE RECIT QUE LUI FIT LE VIEILLARD :
Il avait appartenu à une famille respectable, au sein de laquelle il avait reçu une éducation soignée. Il était arrivé de Londres depuis peu, et avait trouvé sur les bords fertiles de l'Ohio, une
retraite charmante où il avait compté passer des jours paisibles avec ses livres, ses richesses, et une fille de 17 ans. Il avait enseveli son épouse avant de quitter l'Europe, et ne connaissait
plus de plaisir que la compagnie de sa chère enfant, digne à tous égards de l'amour de son père. Elle était revêtue de beauté comme d'un manteau ; mais son esprit cultivé et son caractère
aimable l'entouraient d'un charme bien supérieur aux vains et passagers avantages de la figure. Rien n'avait été épargné pour son éducation. Elle parlait avec facilité plusieurs langues, et ses
manières captivaient tous ceux qui venaient à la connaître.
Fallait-il s'étonner qu'elle fût si tendrement aimée d'un père aux cheveux blancs, dont le coeur, encore étranger à l'amour de Dieu et aux
vives espérances d'une autre vie avait concentrée sur cette enfant toute sa puissance d'affection. Juif de naissance et de conviction, il l'avait élevée dans les principes de sa foi, et pensait
la lui avoir présentée d'une manière attrayante.
Bientôt les roses de ses joues se fanèrent, ses yeux perdirent leur feu, ses forces l'abandonnèrent, et il ne fut que trop manifeste que les sources de sa vie étaient attaquées. Le malheureux
père était comme enchaîné au lit de sa fille,et son coeur se fondait de tristesse. Il n'épargna ni peines, ni dépenses pour lui procurer les secours de l'art ; mais tous les moyens employés ne
purent détourner la main de la mort qui allait saisir sa proie.
Un jour, ne pouvant plus contenir sa douleur, il était
allé l'épancher dans la solitude d'un bosquet qui touchait à sa demeure, lorsque sa fille mourant le fit appeler. Il repasse, le coeur brisé, le seuil de cette porte que sa fille ne devait plus
franchir que pour aller habiter les sombres demeures du sépulcre: mais comment supporter les derniers adieux d'un être chéri, quand on n'a qu'une espérance tout humaine et par
conséquent bien faible de le retrouver un jour ?
-- M'aimez-vous, mon père ? lui dit-elle avec effort.
--Tu le sais, mon enfant : je t'aime plus que quoi que ce soit au monde.
-- Mon père, m'aimez-vous ? répéta la jeune fille.
-- Chère enfant, pourquoi me déchirer le coeur par tes questions ? ne t'ai-je donc jamais donné de preuves de mon amour ?
-- Vous m'aimez donc ? lui demanda-t-elle une troisième fois.
LE PERE NE PUT REPONDRE.
-- Oui, je sais que vous m'aimez ; vous avez été pour moi le meilleur des pères, et je vous aime tendrement aussi. Et bien,
voulez-vous m'accorder une demande ? O mon père. C'est la dernière demande de votre fille mourante : voudriez-vous me la refuser ?
-- Mon enfant, demande-moi ce que tu voudras, et je te l'accorderai.
-- Mon père, je vous demande de ne plus parler contre Jésus de Nazareth.
LE PERE RESTA FRAPPE D' ETONNEMENT.
-- Je ne connais de Jésus que peu de choses, reprit-elle ; car on ne me l'a pas fait connaître, et je n'en ai que rarement
entendu parler. Mais je sais qu'IL est un Sauveur puissant ; Il s'est fait connaître à moi dans ma maladie, comme le Sauveur de mon âme ; et je crois qu'Il me sauvera, quoique auparavant je ne
l'ai pas aimé. Je sens que je vais à Lui, et je serai pour toujours avec LUI. Maintenant, mon père, ne me reniez pas. Procurez-vous un Nouveau Testament qui parle de Lui, et quand je ne serai
plus, donnez-Lui tout cet amour que vous aviez pour moi.
Epuisée par un si grand effort, ell s'arrêta. Son père était trop oppressé pour pouvoir lui répondre. Mais lorsqu'elle eut pris son
vol auprès de ce Sauveur qu'elle aimait quoiqu'elle ne l'eût pas vu, il se procura un Nouveau Testament, le lut, enseigné par le Saint Esprit, et il est maintenant compté parmi ceux qui
suivent l'Agneau dans l'humilité et dans l'espérance.
"Le Réveil".